jeudi 11 août 2011


Cinquante-mille dollars.

C'est le budget total de Corrie Le Seigneur, premier film d'animation de l'histoire du cinéma haïtien, qui sera présenté samedi en primeur mondiale à l'ONF. "Je n'ai pas eu de commandite, j'ai fait tout ça avec mes chèques!" affirme son réalisateur Jean-Marie Lamour.

On peut parler d'un sacrifice. Mais il faut savoir que Corrie le Seigneur avait une signification particulière pour le réalisateur.

Le film, en effet, raconte l'histoire de sa grande-tante, Corelia Lefrançois, une folle de Dieu qui fit la pluie et le beau temps entre 1940 et 1970, dans la région de Sainte-Suzanne, au nord d'Haïti. Folle de chagrin après avoir été trompée par l'amour de sa vie, cette grande dévote devint complètement illuminée, allant jusqu'à se prendre pour Seigneur lui-même - d'où le titre.

Sa mission divine l'amena à faire le bien et protéger les faibles. Elle a même sauvé le cinéaste, alors qu'il crevait de faim. "J'avais six ans. J'allais mourir. Elle est arrivée de nulle part et m'a nourri. Un vrai miracle" dit-il. Mais le régime Duvallier ne voyait pas cette vocation d'un très bon oeil et la dame fut brutalisée . " Elle croyait q'elle était le Seigneur. Elle voulait régner sur le village. Les Tontons Macoutes n'aimaient pas cela" résume M. Lamour. Comme si n'était pas assez, on raconte que Corrie ressuscita après avoir été déclarée morte...

" Oui, il y a beaucoup d'action dans ce film!", souligne le réalisateur, en riant.

Corrie le Seigneur est le quatrième long-métrage de Jean-Marie Lamour. Ses trois premières productions ont été réalisées quand il vivait à Boston. Installé à Montréal depuis deux ans, le cinéaste a mis 14 mois pour réaliser ce film d'animation. L'idée lui en est venue après avoir vu Avatar. Un dessin-animé lui permettait non seulement de réduire ses dépenses, mais aussi d'explorer de nouvelles avenues technologiques. Corrie le Seigneur existe d'ailleurs en version 3D, ne reste qu'à trouver la salle adéquate.

"J'ai toujours voulu donner une touche d'Hollywood à mes films. Avec Corrie, ça commence à arriver", dit-il.


M. Lamour, 45 ans, n'a pas seulement financé Corrie de sa poche. Il a écrit le scénario, fait les dessins, l'animation et le montage avec un logiciel acheté au magasin. Quelques acteurs montréalais ont collaboré pour les voix, incluant Schelby jean-Baptiste , Sam Abraham, Nathalie Ambroise et Myriame Jean. Leurs visages ont aussi servi de référence pour les personnages.

Bon. Le résultat est peut-être loin des films de Pixar. On est ici dans l'animation informatique de base. Mais cela n'empêche pas Corrie le Seigneur d'être une première. Venus spécialement de Boston, des représentants de la MPAH (Motion Picture Association of Haiti) lui remettront d'ailleurs une plaque à cet effet samedi.

Avis aux intéressés, ça se passe à l'ONF (1564 Saint-Denis), à compter de 16h30. Musique. Danse. Projection débute à 17h.

mercredi 10 août 2011


On savait que la cuisine péruvienne avait la cote. Mais on ne savait pas qu’elle brillait jusque dans ses desserts.

Passez faire un tour aux Délices de Tito, vous allez comprendre. Ouverte à Pierrefonds depuis seulement deux mois, cette petite crèmerie se spécialise dans la cremolada, une sorte de sorbet typiquement péruvien fait à base de fruits.

Rien de spécial, à première vue. Sauf que voilà : certains de ces fruits sont assez rares, voire introuvables ici - qu’on pense au tamararin, à la guanabana (corossol) et surtout au lucuma, dont l’arbre ne pousse que dans les Andes péruviennes.

Dans le genre dépaysant, le résultat est difficile à battre. Ces nouvelles « saveurs » ne ressemblent à rien de connu. Avec son goût proche du caramel, la cremolada au lucuma nous a semblé particulièrement exotique. Pour les Péruviens, par contre, c’est un classique. « Quand les gens de mon pays viennent ici, ils n’en reviennent pas, lance le propriétaire Moises Barragan, alias Tito. Ils retrouvent le goût de leur enfance. »

Tito ajoute que son produit est « 100% natural ». Ses fruits sont importés congelés du Pérou, puis mélangés avec de l’eau et du sucre. C’est tout? « C’est tout, répond-il fièrement. Je n’ajoute aucun arôme artificiel, aucun agent de conservation. Rien de chimique. C’est plus de travail, mais mon produit est de qualité.»

Comme si ce n’était pas assez, ses ingrédients ont aussi des propriétés reconnues. Moises insiste sur les vertus énergisantes du lucuma et souligne que sa chirimoya (crème anglaise) est un « antioxydant et une anti-dépresseur « très puissant ». Sans doute faudrait-il ingurgiter plus d’une cremolada pour en ressentir les bénéfices, mais chose certaine, on est loin de la bonne vieille crème glacée molle du Dairy Queen…

Étrange de voir un commerce aussi atypique ouvrir sur le boulevard Pierrefonds. Complètement en dehors du radar, Aux délices de Tito aurait sûrement de plus grandes chances de succès sur le Plateau ou près du marché Jean-Talon. Mais Moises voulait ouvrir sa crèmerie dans l’Ouest de l’Ile, pas trop loin de chez lui – d’autant que la communauté latino y est assez nombreuse.

De toute façon, l’artisan-businessman n’a pas l’intention de se cantonner à Pierrefonds. Il a déjà commencé à vendre ses glaces-santé à un resto péruvien du centre-ville (Le coin Urbain, 1565 Villeray) et envisage d’ouvrir des franchises et de distribuer dans les supermarchés. « J’ai la machinerie qu’il faut pour produire 400 litres par jour » dit-il. Pour ce qui est de survivre à l’année longue, Tito a aussi son plan : il va vendre des empanadas pendant l’hiver.

Ah oui : si vous prenez une cremolada, faites comme les Péruviens : la chose se déguste dans une coupe et non un cornet. Plus liquide que le sorbet ordinaire, on la boit comme un jus une fois qu’elle a fondu.

Santé!

15702 BOUL. PIERREFONDS