vendredi 20 mai 2011

Nouvelle entrée, nouvelle annexe, nouvelle vocation. Après deux ans de travaux majeurs, la Casa d’Italia rouvre enfin ses portes.

Construit en 1936, avec l’aide du régime de Mussolini, le mythique bâtiment de la rue Jean Talon se transforme en écomusée de l’immigration italienne à Montréal. On y trouvera notamment une salle d’exposition, une salle de spectacle, une école culinaire italienne, une salle de conférence, une bibliothèque et un centre d’archives.

« Je veux sauvegarder la mémoire» lance Pasquale Iacobacci, directeur de l’établisssement. La communauté n’a pas bien su s’occuper de son patrimoine. C’est le moment de le faire.»

Passionné d’histoire et d’ethnologie, M. Iaccobacci a effectué ses rénovations dans les règles de l’art. Considérée comme un des derniers vestiges art déco de Montréal, la «Casa» d’origine a été globalement préservée. Les fraises des années 30 ont été restaurées. Les lampes en albâtre, manquantes dans le vieux hall d’entrée, ont été reproduites par le petit-fils de celui qui avait fait les originales. Un plancher en mosaïque, offert par la ville de New York à la communauté italienne de Montréal, a été remis en valeur après avoir été redécouvert sous un tapis dans le sous-sol. Quant aux symboles fascistes, les fameux «fascio» stylisés qui ornent les murs extérieurs et le plancher de terazo, ils sont toujours bien en évidence.

Ce n’est pas tout. Une vingtaine de vitraux, portés disparus depuis le début des années 80, ont été miraculeusement retrouvés dans un atelier à Saint-Constant et intégrés à la nouvelle salle de spectacle, qui servait jadis de salle de banquet. Un autre vitrail - neuf celui-là - sera installé dans la Rotonde pour raconter l’histoire de l’Italie et de son immigration au Canada.

La nouvelle partie, qui fait passer le complexe de 16 000 à 33 000 pieds carrés, prolongera l’esprit de l’ancienne, tout en ayant un parti-pris résolument moderne. Outre le «Hall de la mémoire», consacré aux expositions, le sous-sol sera constitué de plusieurs espaces, dont une salle de cinéma/conférences de 70 sièges et la future école de gastronomie, qui permettront de financer les opérations de la Casa. Des portraits en céramique à l’effigie de personnages importants de l’histoire italo-montréalaise seront par ailleurs accrochés dans le nouveau hall d’entrée en béton armé customisé. L’ancien maire Camilien Houde sera le seul non-Italien du lot.

ST Vos souvenirs svp!

Ça, c’est pour le contenant. Pour ce qui est du contenu, comptez sur Pasquale Iacobbaci. Maintenant que les rénovations tirent à leur fin, le directeur de la Casa d’Italia pourra se consacrer à sa véritable passion de remise en valeur ethnologique.

Ces deux dernières années, M. Iacobacci s’est mis à collecter tout ce qui constituera le futur fonds d’archives du centre d’interprétastion. Vaste projet, qui a pour lui des airs de course contre la montre. Car selon lui, beaucoup a déjà été perdu. «Je n’en dors pratiquement pas, dit-il. Les gens jettent des choses à tous les jours et je le sais. J’ai une fenêtre assez courte pour ramasser tout ça.»

M. Iacobacci lance donc un appel à tous ceux et celles qui auraient en leur possession papiers, passeports, actes de naissance, lettres, photos de famille, artefacts et autres souvenirs porteurs. Ce sont ces objets, dit-il, qui permettront de raconter l’histoire humaine de l’immigration italienne de Montréal. « Envoyez-moi toutes vos valises!» dit-il, en promettant que ce patrimoine sera mis en valeur d’une manière ou d’une autre, que ce soit par le biais d’expos, d’événements ou même sous forme de livre.

La bonne nouvelle, c’est que M. Iacobacci n’attendra pas avant de lancer des projets. La Casa présente déjà une petite exposition informelle sur l’internement de 700 Italo-Canadiens pendant la guerre. Soupçonnés d’allégeance avec les fascistes italiens (vrai pour certains, faux pour d’autres) ils avaient été envoyés au camp de Petawawa, en Ontario, pendant toute la durée du conflit, alors que la GRC - ajoutant l’insulte à l’injure - réquisitionnait la Casa d’Italia pour en faire son quartier général. Ce triste épisode a laissé des marques dans la communauté italienne qui n’a, jusqu’ici, obtenu que de timides excuses du gouvernement.

«Ce qui est important pour moi c’est de reficeler les documents pour que cette période soit remise en lumière, ajoute Pasquale Iacobacci. Parce qu’on ne sait pas vraiment ce qui s’est passé. Des gens ne savaient même pas que leur père avait été enfermé. Honte? Pour certains oui. C’est pour ça qu’il faut raconter cette histoire...»

ST Votre argent svp!

Le budget total de cette restauration à la fois ambitieuse et minitieuse doit s’élever à un peu plus de 6.5 millions de dollars. Quatre millions seront obtenus par le biais de levées de fonds (avis aux intéressés: il y a encore un manque à gagner de 700 000$) et 2,5 millions ont été donnés à parts égales par les trois paliers de gouvernement. En principe. Car le directeur attend toujours le solde du fédéral et du provincial. «Montréal a versé sa part. Mais les deux autres n’en ont donné qu’une partie. Avec l’approche du 75e anniversaire en novembre, si ça ne se règle pas, ça va devenir un gros bobo», s’inquiète M. Iacobacci.

Fait à noter: la construction initiale du bâtiment avait coûté 40 000$ en 1936. Un huitième de cette somme avait été donné par le gouvernement fasciste italien. D’où ses nombreux symboles mussoliniens. A l’époque, une cinquantaine de villes dans le monde possédaient leur Casa d’Italia. Celle de Montréal est la dernière à être encore debout.