vendredi 1 avril 2011

Ousseynou Diop 1941-2011


Sa voix de stentor ne résonnera plus. Homme de parole et de communication, Ousseynou Diop est décédé le 10 février dernier, après un longue maladie aux reins, à l’âge de 69 ans. Il a été inhumé au cimetière musulman de Laval.

Personnage immense, au propre comme au figuré, Diop était un pionnier du Montréal africain et sénégalais. Mais sa contribution au Québec est allée bien au delà de sa communauté.

Figure de proue de Radio-Canada International (RCI), co-fondateur du festival Vues d’Afrique et même acteur (Madame Brouette), ce chasseur, pêcheur, amateur de grosses bouffes et «charmeur irrésistible» a touché à tout avec un panache qui a marqué les esprits. Comme le disait un proche, dans une rencontre organisée dimanche dernier en son honneur, «il laisse plusieurs orphelins».

Né en haute mer, le 29 août 1941, sur un paquebot qui ramenait ses parents de la France au Sénégal, Ousseynou Diop passe ses premières années en Guinée, avant que la famille ne s’installe à Dakar, où il fera ses études en pétrochimie. Mais «les hasards de la vie», comme il disait, le poussent vers la communication. Au milieu des années 60, dans l’effervescence post-coloniale, il devient animateur à Radio-Sénégal. Sous le pseudo de «Bob Yves», il anime une émission de musique afro-américaine destinée à la jeunesse, fonde le Caveau, première boîte jazz de Dakar et participe en tant qu’acteur aux premiers balbutiements du cinéma sénégalais.

Mais la vedette fait son temps. Poussé par des raisons «personnelles», Diop quitte l’Afrique pour le Québec en 1973. Engagé par Radio-Canada International (RCI) il réalise ses premiers reportages pendant la Super Francofête à l’été 1974 en plus de produire l’album Le blé et le Mil, du groupe Toubabou, première collaboration discographique entre des musiciens québécois et Africains.

Son ouverture d’esprit, ses topos éclectiques et son animation sans complexe en feront un incontournable de RCI. Que ce soit au micro, ou plus tard comme cadre, la boîte lui doit beaucoup, croit son ami et ancien collègue Raymond Desmarteaux. «Avant son arrivée, la chaîne était surtout centrée sur l’Europe et la guerre froide. C’est lui qui les amenés à focusser sur l’Afrique », souligne l’animateur de l’émission Tam-Tam Canada. Bête radiophonique, il «pouvait faire une émission de trois heures avec seulement trois disques, rien qu’en parlant», ajoute M. Desmaretaux, en suggérant que l’on donne son nom aux studios de RCI .

Engagé, des pieds (qu’il avait très grands) à la moustache (qu’il avait très grosse), ce «musulman de gauche» s’est battu aux premières lignes pour la survie de la station en 1991, avant de prendre sa retraite en 2002. Il a aussi contribué à la fondation de l’Association des Sénégalais de Montréal et à la création de la Chambre de commerce africaine du Canada (1980), alors que la communauté se comptait encore sur les doigts d’une main.

Mais on retiendra surtout son rôle actif dans la création du Festival Vues d’Afrique - dont la 27e présentation aura d’ailleurs lieu fin avril.

Outré d’entendre Serge Losique affirmer qu’il n’y avait pas de cinéma africain, Ousseynou Diop fut un des instigateurs de l’événement au début des années 80. Selon Françoise Wera, qui était avec lui dans l’aventure, sa présence a carrément assuré la survie du festival à ses premières années. «C’est grâce à lui que les cinéastes africains ont appuyé Vues d’Afrique, dit-elle. Il a été la pierre angulaire qui nous a donné une crédibilité. » Comme si ce n’était pas assez, Diop fut aussi scénariste, acteur à la télé (La P’tite vie) et au cinéma, qu’on pense à son personnage de vieux policier dans le film Madame Brouette, de Moussa Sène Absa, sorti en 2003.

Courroie d’échange et de transmission, Ousseynou Diop est de ceux qui ont «amené l’Afrique à Montréal» ajoute Mme Wera. Modèle d’intégration, il a embrassé le Québec, sans jamais renier son africanité, montrant ainsi la voie aux vagues d’immigration du continent noir. «Il nous a fait comprendre qu’on avait notre place ici», résume la chanteuse d’origine congolaise Alby de Bara.

Mais au final, c’est l’être humain que l’on retient. Combattant «l’ignorance par le rapprochement», pour citer sa femme Aïssatou, Ousseynou Diop était l’homme du partage et de l’inclusion, sans égard aux nationalités. Ses fêtes mémorables et ses repas gargantuesques (généralement, le gibier qu’il avait lui-même chassé) symbolisent, pour plusieurs, cet être flamboyant et sans demi-mesure, qui recevait sans compter.

Comme le disait un des anciens collègues, «chez lui, on se sentait comme à l’hotel... Sauf quand venait le temps de faire la vaisselle!»



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